Publications
         Proposition d’article pour N° développement personnel Education permanente
 


Le coaching, un art de métier : Goethe au pays de Descartes.

« Chaque chose naît de son besoin, et n’est pour ainsi dire qu’un besoin extériorisé » (1).

Le coaching est un Travail. Un travail de pensée, nous transmet si justement Dominique Lecoq, au Conservatoire National des Arts et Métiers, autrefois une Grande Ecole aujourd’hui réduite à ses Universités, comme on peut le trouver sous la plume des poètes, pour peu qu’on se donne la liberté d’aller à leur rencontre. La poésie, comme la musique, instrumentant la Pensée.

Le coaching est cet espace-temps, cette porte ouverte qui permet d’aller à la rencontre de Soi-même, Soi-même comme un autre, ou : Soi, « Je », la personne qu’on connaît le moins au monde. Et qu’on passe le plus clair de son temps à s’acharner ou s’échiner à fuir, dont par la suractivité abusivement nommée travail, par Convention.

Le coaching, ce Travail si l’on s’autorise à la liberté du mot juste, ou du sens vrai du mot, ne peut se faire qu’à la demande de la personne « le coaché» (M/F). En effet, le coaching ne peut être commandité ou ordonné par quelqu’un pour un autre. Pas plus que « collectif ».

Le coaching est individuel. C’est la personne, qui, en demandant, ouvre sa propre porte à soi-même (2), d’un premier mouvement, intérieur. Il s’agit d’un acte interne, d’accord de la personne avec elle-même. Au fondement du coaching, une décision personnelle. Un engagement, qui ne peut procéder d’aucun ordre extérieur.

Au principe du coaching, le secret.

1. - Le coaching ne peut se dire, ne peut s’écrire : il se fait. Personne ne peut faire un coaching à distance pas plus que par tiers interposé. Il s’agit de se décider à se prendre en mains, à peut-être vouloir devenir ce que préconisait déjà Pierre Goguelin avant les années 1990 : (re)devenir auteur-acteur. Et pour ce faire, il faut se décider, chacun pour soi-même, à s’asseoir en face de soi-même et entreprendre ce Travail. Le vrai, qu’un authentique coach peut accompagner, comme se produit la formation – l’idée de servuction peut ici instrumenter la compréhension – sans remplacer le Travail, unique, personnel, non-reproductible, ou non clonable si l’on préfère.

Une représentation peut-être, pour s’essayer : Imaginez deux trains roulant en parallèle, pas à la même vitesse, se rejoignant en certains segments, et par définition, ne se croisant jamais. Le coaching est cette distance de soi à soi que la relation à l’autre – le coach – permet de Travailler. Non écouter, mais entendre. Le dire ne suffit pas… Le dire n’est pas le Travail.

Un coaching « réussi », et ce, bien qu’aucun résultat ne puisse être codifié au titre d’objectif, raccorde la personne à elle-même, qui, se retrouvant, lui permet de s’orienter dans ce monde en mutation, où la pression au temps compresse du même coup les neurones, rendant essentiel ce travail de distanciation de soi à soi-même. C’est ce qui un jour, impromptu, m’a fait traiter en deux mots la question suivante : « qu’est-ce qu’un coach ? » par : « Un accordeur d’humain ».


2 - La Culture est essentielle au coaching. Comme le renard dit au Petit Prince "l'essentiel est invisible pour les yeux".

Umberto Eco, « sous le pendule de Foucault » au Cnam le 28 Juin 2004, répondant à la question formulée par un jeune homme des classes prépa de Louis Legrand, expliquait qu'un projet est un travail en cours et non pas un produit fini. Et comme nombre d'autres intervenants, Umberto Eco se désolait de la formation qui ne conditionnait qu'à tenir le rôle de presse-bouton, consommateur de procédures, plutôt qu'entraînant à réfléchir et s'interroger.

Le coaching est ce Travail qui permet à chacun d’aller à la rencontre de Soi-même, et de travailler l’équilibre intérieur / extérieur. Jamais acquis : l’équilibre est un Travail. Difficile, cet art de l’incertitude au pays de Descartes ? Or en 2005, l’incertitude est devenue la « règle »…

Comment sait-on qu’un coaching est terminé ? « C’est tout l’art du travail de la demande », nous enseigne de sa biblique discrétion Dominique Lecoq. Le coaching est terminé quand la personne a mis la main sur ce qu’elle cherchait ; personne n’a besoin de savoir ce que c’était, pas plus le coach que quiconque : rappelons que le secret est au principe du Travail de coaching. Il se peut même que la personne elle-même n’en sache rien. Elle a trouvé ce qu’elle cherchait parce qu’elle le sent. L’intelligence conceptuelle doit faire place à l’intelligence des émotions, si pâlement définie par les théories sur l’intelligence émotionnelle. Bribes d’immaturité. Balbutiements. Qui nous révèlent les limites de nos schèmes et modèles. Ou alors, ce serait confondre le compas avec la position du vaisseau.

Sans Culture, on ne peut comprendre (3). Comme sans eau nager (même si l’on a bien appris les gestes par la tête… et justement, peut-être cela empêche-t-il l’action ?). La Culture est essentielle au coaching, comme le renard dit au Petit Prince (4) "l'essentiel est invisible pour les yeux". Le coaching est un Travail de Pensée. Auquel penser en s’explosant les neurones ne sert de rien : l’intensité à travers les circuits n’est pas la Pensée. On se trompe beaucoup, en ce domaine comme en nombre d’autres, à notre époque si « moderne », terme désuet – depuis si longtemps déjà – au pays fondé sur le principe de la dualité fratricide.

Agnès Amelot

(1) André Gide, Nourritures Terrestres (1917) Nouvelles Nourritures (1935).
(2) Dr Jekyll et Mr Hyde, Robert Louis Stevenson
(3) « Comprendre c’est être capable de faire » André Gide, Nourritures Terrestres
(4) Le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry

Quelques références :
Soi-même comme un autre, Paul Ricoeur
Les vilains petits canards, Boris Cyrulnik
Engagement et distanciation, Norbert Elias
Introduction à la pensée complexe, Edgar Morin
L’idéel et le matériel, Maurice Godelier
Les yeux ouverts, Marguerite Yourcenar
Idéologie et Pouvoir, Noam Chomsky